Mon petit frère

Mon petit frère Théo est mort à l’âge de 44 ans.
Il vivait sur Nice.
Je suis venue m’installer dans la région pour le rejoindre le 1er Janvier 2011.
Mon frère se plaignait de mal de dos, il a subi 3 ponctions lombaires sans que l’on puisse définir son mal et soulager ses douleurs.
Il travaillait dur, il aimait son métier de directeur de boutique, un passionné de la mode et de la vie.
Avec le recul, je pense que Théo savait de quoi il souffrait mais ne l’acceptait déjà pas,
Il est allé voir plusieurs spécialistes et pour finir, l’un deux, le papa d’une de ses amies qui est à Marseille Chef de service, lui a expliqué sa maladie avec un préavis de départ max de 3 ans. SLA…. Théo était anéanti et je pense que l’annonce de ce préavis n’a fait que faire sombrer mon petit frère dans une négativité totale.
Je l’ai pris en charge quelques jours mais tt devenait difficile pour lui. Il a fait le choix de repartir chez mes parents, dans les Vosges, c’était le choix de se laisser mourir auprès des siens.
Tout a basculé du jour au lendemain. Pour lui, pour ma famille et pour moi. Je me suis sentie orpheline dans une région où je ne connaissais et où je ne connais toujours pas grand monde, cela peut paraître égoïste mais il me manque tellement et j’avais tant de projets avec lui ici.
Ma mère à l’annonce de sa maladie, elle qui était si forte, ne savait plus quoi faire, s’est retrouvée démunie, maladroite et n’osait plus regarder Théo dans les yeux.
Issue d’une famille nombreuse, je peux vous dire que le regard et l’attitude de chacun face à cette maladie, mériterait une thèse.
Nous étions encore tous de ce monde, une famille unie et qui n’avait encore jamais directement côtoyer la mort.
Théo était convaincu que seul lui pouvait partir rapidement. Il n’en fût pas ainsi.
En plus de sa maladie, il voit partir en décembre 2012 notre cher Papa, foudroyé par un cancer du Pancréas.
Il se laisse mourir, refuse tous les soins « adaptés » à sa maladie. Hormis l’orthophoniste et le kiné, amis de la famille, il ne voit personne.
Dans son grand malheur, Théo avait la chance d’être auprès des siens. Un autre petit frère a tout abandonné, travail, appartement, amis, pour s’occuper 24h/24h de Théo. La maison a été aménagée et partiellement adaptée afin d’améliorer les conditions liées à cette maladie.
Maman subit également cet isolement car allongé dans un fauteuil électrique, Théo refuse de voir qui que ce soit.
Tous vivons à travers l’humeur et la tristesse de Théo. La mort de Papa n’a faite qu’accentuer la détresse de Théo, comme un préambule à son futur.
En Juin 2014, un nouvel événement touche la famille, le décès d’un cancer foudroyant d’un petit frère qui allait à quelques jours de sa mort, avoir 48 ans, cancer du colon.
Théo pleure de devoir en plus de sa maladie, à cette époque, il ne parle déjà plus, mange difficilement, le reste je n’ai pas besoin de vous expliquer…. supporter qu’on lui vole la primeur.
Désolée d’être aussi crue et sûrement choquante Sandrine, mais c’est avec la dérision que nous survivons.
Ma petite sœur Sarah (très proche de Théo) et moi même, au chevet de mon autre petit frère, éclatons de rires et lançons à Théo : « tu vois Théo, toi qui voulait avoir la primeur de partir et bien Papa et Mouloud t’ont grillé » .
Des larmes, des fous rires, des regards attendrissants, tout se mélange et nous rapprochent ma chère Sandrine.
Ce tout qui dans la douleur devient BIEN ETRE, SOLIDARITE, AFFECTION et AMOUR.
Je vous raconte des faits sans forcément de classement chronologique mais seulement un classement émotionnel
Après la mort de Mouloud, en juin 2014, tt est allé très vite, Théo était de plus en plus triste, il a formulé certaines requêtes, dont la réservation de sa place au cimetière auprès de notre frère Mouloud (même si chez les musulmans cela est strictement contraire, ma mère a accepté)
Telles étaient les volontés de Théo et tous nous les avons respectées, le reste ne regarde que lui.
D’autant plus difficile à ce jour d’aller au cimetière et de voir ces deux tombes l’une à côté de l’autre, et à quelques tombes de là, notre cher Papa.
Théo est parti 3 mois après Mouloud, le jour de l’automne, lui qui aimait tant la fraîcheur.
La vie pour toute ma famille n’est plus et ne sera plus jamais aussi riante, chantante.
Tous ces grands repas de famille où la musique, les chants, les rires, les blagues, les moqueries de chacun envers chacun, tout ça me fait sourire aujourd’hui malgré les larmes et tout cela ne sera plus.
Maman avait pour habitude de dire pour nous réconcilier après des fâcheries anodines, « mes enfants, n’oubliez jamais que les enfants d’une famille nombreuse sont comme les doigts d’une main, tous différents mais tous liés.
Une phrase de Théo restera à jamais gravée dans ma mémoire, quand nous nous retrouvions au temps de la merveilleuse période où il n’était pas encore malade, et que je m’apprêtais à le quitter, il me disait toujours en éclatant de rire, « allez reste encore un peu ma sœur, c’est une journée en moins dans notre vie alors profitons-en »

Merci Sandrine pour votre capacité à supporter cette lourde maladie
Merci Sandrine de me donner l’occasion de m’exprimer en vrac certainemen,t mais avec tout mon cœur
Merci de partager votre malheureuse expérience afin que tous puissions venir en aide à ceux qui la subissent
Merci pour votre courage
Merci pour Théo

Amicalement SLA…..

Fedji